Le piratage des livres numériques en 11 arguments

Suite à des échanges sur Twitter, je me suis dit que formaliser tout cela en un billet de blog serait plus pratique que répondre à chaque message en seulement 280 caractères et en répétant plusieurs fois les mêmes choses. Et comme ça, vous avez tous les arguments en un seul lien à partager.

1. Pirater = voler

C’est simple, limpide, légal. C’est faire le choix de voler un livre numérique, et ce n’est pas parce que c’est en ligne que ce n’est pas la même chose que voler un paquet de gâteau dans un magasin. C’est s’approprier un bien sans le payer. Et ce n’est pas parce que c’est sur le web que c’est gratuit (il y aurait un billet à consacrer sur le vol de dessin en ligne, mais c’est un autre sujet).

2. Pirater = non, ce n’est pas une manière d’accéder à la culture

Pirater n’est pas « un accès libre à la culture » comme je l’ai lu sur Twitter.  La culture, c’est aussi découvrir d’autres choses. Et pour l’accès libre et gratuit, il existe de nombreuses sources : bibliothèques, concerts et expos gratuits, prêts entre amis, boîtes à livres, etc. La culture n’est pas une frénésie possessive : c’est la découverte de créations et d’artistes. Une consommation personnelle ciblée (vu que le pirate choisi ce qu’il veut lire) est un désir égocentrique de possession d’un bien de consommation, ce n’est pas une attirance culturelle et intellectuelle.

3. Pirater = non, ce n’est pas une réponse à une bibliothèque petite ou mal fournie

« Ma bibliothèque est nulle » m’a-t-on argumenté à plusieurs reprises. Avez-vous lu tout ce qu’elle contenait ? Il y a toujours des découvertes à faire. Et avez-vous discuté avec les bibliothécaires ? Ils achètent régulièrement des nouveaux titres et peuvent écouter les suggestions. Mais il faut de la patience, et accepter qu’ils diversifient leurs achats. Parce que la culture, c’est ça : une large palette et pas uniquement ce que vous, vous voulez personnellement et égoïstement. Si c’est pour lire uniquement ce que vous voulez lire, alors achetez. Sinon, c’est de l’ordre du caprice.

4. Pirater = non, ce n’est pas parce justifié parce que vous vivez à la campagne

J’ai pu le lire qu’il ne devait pas y avoir de la compréhension pour les campagnards qui piratent. Et pourquoi donc ? Il existe aussi des bibliothèques, des vide-greniers, des activités culturelles locales. Moins qu’en ville, certes, mais cela ne justifie pas le vol. Est-ce que les citadins volent des plantes chez leur fleuriste parce qu’il y en a moins en ville qu’en campagne ?

5. Pirater = non, ce n’est pas partager le travail d’un auteur pour qu’il ait plus de visibilité

Ce n’est pas un argument. Les artistes doivent-ils vivre d’amour et d’eau fraîche et être reconnaissants d’être diffusés gracieusement, car leur travail est vu ainsi par plus de gens que s’il était vendu ? Non. Un artiste, un créateur, un auteur est comme tout le monde : il a besoin de payer ses factures et de remplir son frigo. La communication via le vol de son travail n’a jamais été un hommage ou de la pub. La visibilité, ça ne fait pas manger (même chose pour ceux qui veulent des graphistes gratuits, au passage).

6. Pirater = non, ce n’est pas une manière de sensibiliser les auteurs à la difficulté d’accès à la culture

Sensibiliser quelqu’un en le volant ? Je ne vois pas en quoi il va se sentir plus concerné avec cette méthode, il n’y a aucune logique là-dedans. Avoir du mépris pour le travail des auteurs et celui des maisons d’éditions ne va pas favoriser l’accès à la culture pour tous. Il existe de nombreuses initiatives pour cela, et cerise sur le gâteau, des maisons d’édition, des festivals, des centres culturels, des bibliothèques y contribuent.

7. Pirater = non, ce n’est pas la même chose que prêter un livre

Prêter un livre, surtout si le livre a été acheté, est une approche totalement différente que le pirater. D’ailleurs, pour les livres empruntés en bibliothèque, les auteurs reçoivent de La Sofia des versements financiers pour exploitation de leurs œuvres. Prêter un livre part sur le principe qu’il a été acheté et que l’auteur a été rémunéré pour cette copie existante de son travail. Et prêter à un ami un livre n’est pas la même chose que le diffuser irrespectueusement à la terre entière, au passage, ce qui est le cas de livres piratés.

8. Piratage = non, ce n’est pas jouer les justiciers contre les maisons d’édition

La rémunération des auteurs, c’est le problème des auteurs. Que chacun s’occupent de sa partie. En piratant, vous mettez en péril non seulement les maisons d’éditions (et leurs salariés, au passage), mais aussi l’auteur qui ne touche pas ses droits d’auteurs. Il n’y a aucune action positive là-dedans. Les livres numériques, en plus, sont mieux rémunérés que les livres papiers (souvent 50% du prix de vente HT). En outre, il existe plein de petites maisons d’édition, arrêtons la caricature du grand groupe qu’il faut forcément attaquer pour s’élever contre la société capitaliste. Les auteurs sont rémunérés par toutes ces entreprises, quelle que soit leur taille.

9. Piratage = non, ce n’est pas justifié parce qu’il y a des « mauvais » livres

Faire la morale pour une question de goût personnel ne justifie pas de voler les auteurs. Qu’est-ce qu’un mauvais livre ? J’ai vu les réponses sur Twitter. Sérieusement, et si on laissait les gens lirent ce qu’ils ont envie de lire ? Cela se rapproche de ma lassitude actuelle des réseaux sociaux où des bien-pensants décident à ma place ce que je dois dire, faire, porter, manger. Tuer une industrie ne rendra pas la production culturelle meilleure. Et meilleure selon quels critères ? Je n’aime pas Musso et les livres politiques : est-ce que pour autant je dois mépriser ceux qui achètent ces livres ou leurs auteurs ? Je suis ravie pour eux qu’ils gagnent leur vie avec leur travail, et que des gens l’apprécient. Je ne suis pas la référence unique de la manière dont le monde doit tourner.

10. Pirater = non, cela n’a rien à voir avec la richesse supposée

L’envie, plus la jalousie, donc le vol. L’argument de vouloir les livres sans en avoir les moyens financiers a beaucoup été avancé. C’est la raison principale : je le veux, mais j’ai d’autres priorités dans mon budget. Donc, par présomption, on considère que ceux qui ne piratent pas sont riches. Scoop : non, on peut être pauvre et avoir du respect pour les autres, et les créateurs en particulier. En quoi être jaloux et envieux serait une excuse au piratage ?

11. Pirater = répondre à un besoin égoïste et consumériste avide

Le fond du problème est sans doute là : on voit uniquement sa personne sans tenir compte de la globalité de la situation. « Je veux un livre maintenant tout de suite, mais je n’ai pas d’argent pour l’acheter » (et donc rémunérer son créateur) : je le vole. Au-delà de l’accès à la culture (cf. paragraphe plus haut sur le sujet), c’est de l’avidité égoïste. Si un livre est tellement désiré, c’est que son auteur plait : pourquoi lui marcher dessus pour satisfaire un besoin immédiat ? On économise, on patiente. Or notre société actuelle nous pousse à posséder toujours plus, toujours plus vite. « Je veux, je vole. Rien à faire des conséquences au-delà de ma satisfaction personnelle et immédiate. » Et si vous arrêtiez de regarder uniquement votre nombril ?

 

En conclusion, vous n’avez aucune excuse qui justifie le piratage. Il n’y a rien qui vous autorise à n’avoir aucun respect pour le travail d’un auteur et des employés de la maison d’édition. Achetez vos livres, numériques ou papier. Ne tuez pas les auteurs en les privant de leurs revenus : à long terme, vous vous priverez vous-mêmes de livres.

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3 thoughts on “Le piratage des livres numériques en 11 arguments”

  1. Puis-je me permettre de suggérer trois arguments supplémentaires ? 🙂

    12) on peut lire en numérique des tonnes d’œuvres formidables tombées dans le domaine public, et donc gratuites (cf. http://www.gutenberg.org/ etc). Il faudrait une vie entière pour lire tout ça, donc le coût n’est pas une excuse.

    13) si vraiment on est fâché avec le circuit de l’édition (ce qui, dans un certain nombre de cas, est parfaitement légitime, en tant qu’auteur professionnel depuis plus de 32 ans j’en sais quelque chose), il y a plein d’auteurs qui s’auto-éditent en numérique, qu’on peut donc rémunérer DIRECTEMENT sans alimenter un business qu’on jugerait inéquitable. Certains passent par des plateformes d’auto-édition, d’autres vendent leurs œuvres directement ou utilisent le crowdfunding, ou encore passent par des plateformes de mécénat participatif (une option vraiment très intéressante à plein d’égards), sur Patreon ou Tipeee par exemple.

    14) écrivez un livre vous-même (ça ne coûte RIEN ! il vous faut juste un ordinateur et un éditeur de texte, vous avez presque forcément ça à la maison), et vous verrez que 14a) c’est SUPER DIFFICILE et BEAUCOUP DE BOULOT, donc vous en comprendrez la valeur, et/ou 14b) quelle que soit la difficulté, vous trouverez ça passionnant, et vous deviendrez vous-même un auteur. Auquel cas, bienvenue au club et, surtout, félicitations. 🙂

  2. Merci pour cet article.

    Si je partage l’ensemble de ses point il y a une chose que je ne comprend pas. Pourquoi beaucoup de maisons d’éditions vendent les versions numérique au prix du papier ??
    Dans le domaine de la musique le prix du numérique est de l’ordre de 40 à 50% moins cher.

  3. Il faudrait leur demander directement 😉 … Même si ce n’est pas le cas des livres que j’ai acheté jusque-là pour ma part.

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